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Don-Mathieu SANTINI | Università di Corsica
Actualité  |

Raconter l'invisible

Ouvrage en cours d'édition. Sortie prévue en 2021.

 

Penser, dire et transmettre les récits mythiques issus de l’oralité est l’objectif de cet essai condensant de longues années d’études sur une question complexe, rarement appréhendée dans une dynamique allant de son essence à sa transmission.

 

L’introduction de ce récit tente, par des précautions oratoires et des déminages conceptuels, à poser toute la complexité d’une telle approche.

 

Le premier chapitre de l’ouvrage dit ce qui fait encore l’attrait du mythe dans nos sociétés contemporaines. Des comparaisons avec les modèles antiques établissent une base intéressante pour comprendre la fonction des récits mythiques dans la société de communication qui est la nôtre. La conclusion de cette partie montre combien notre civilisation matérialiste a réifié le récit mythique, le coupant de facto de sa dimension sacrée, sauf à considérer le marché comme une nouvelle religion.

 

Après avoir passé en revue les différentes approches du récit mythique à travers le prisme de la réification, étudié comme s’il était un objet stable, une grande partie de l’ouvrage fera état de la dimension sacrée du récit mythique dans les sociétés orales.

 

À partir d’un corpus oral en langue corse mis en regard avec les croyances populaires partageant un socle commun, une classification des récits mythiques corses issus de l’oralité est proposée, originale par l’hypothèse qui la sous-tend, et largement transposable dans les cultures populaires de l’Eurasie.

L’élément cardinal de cette taxinomie repose sur la prise en compte dans le monde de l’homme du milieu invisible que toutes les sociétés traditionnelles évoquent. Cette référence à l’invisible n’est pas une nouveauté dans la mesure où les ethnologues ont toujours fait référence aux phénomènes émanant des récits de leur collecte comme autant de liens avec des croyances mettant en scène des morts, des esprits, des divinités, des rituels magiques, etc.

Mais l’approche originale de cet ouvrage renvoie à la mésologie et à la place qu’elle accorde au(x) milieu(x) dans la compréhension du monde des hommes. Le monde, pour les sociétés traditionnelles, est constitué d’un milieu visible, matériel et symbolique et d’un milieu invisible, habité par les esprits, les âmes et les divinités.

 

L’hypothèse retenue est de lire les récits mythiques issus de l’oralité comme l’expression d’une transgression d’un milieu à l’autre. Les différents franchissements (ou transgressions) sont la base constitutive de la typologie proposée.

 

Une fois ces récits définis et catégorisés, c’est leur dimension performative liée à celle de leur transmission qui est interrogée. La patrimonialisation de ces récits, immatériels par nature, est sans doute un enjeu important à une époque où le « présent progressif » (forme de temps immédiat expansé) colonise le rapport au réel.

 

Par leur capacité à mobiliser l’imagination, les récits mythiques issus de la tradition orale peuvent aujourd’hui intégrer des dispositifs innovants capables de renouer les fils de la transmission orale, assurant ainsi la patrimonialisation de quelques fragments du poème du monde.

Page mise à jour le 13/07/2020 par SANTINI DON-MATHIEU